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Sociétés

RGPD : le minimum réellement obligatoire pour une TPE

Entre les prestataires qui vendent de la peur et ceux qui balaient le sujet, il existe une liste courte et vérifiable de ce qu'une petite structure doit tenir.

Photo de David Patiashvili David Patiashvili 6 min de lecture
Sommaire

    Sur le RGPD, une petite entreprise entend deux discours. Le premier vend de la peur, un audit et un accompagnement à quatre chiffres. Le second balaie le sujet d’un revers de main : « on n’est pas Google, personne ne viendra nous chercher ».

    Les deux sont faux. Entre les deux, il existe une liste courte et vérifiable. La voici, dans l’ordre où il faut la traiter.

    1. Le registre des traitements

    C’est le point de départ, et l’objection arrive immédiatement : « il y a une exemption pour les moins de deux cent cinquante salariés ».

    Elle existe — c’est le paragraphe 5 de l’article 30 du règlement européen — et elle ne s’applique presque jamais. Elle tombe dès que les traitements ne sont pas occasionnels, ou qu’ils portent sur des données sensibles. Or la paie, la gestion des clients, les candidatures reçues et la prospection sont des traitements réguliers, par définition.

    Le registre n’est pas un document administratif. C’est la seule vue d’ensemble de ce que votre entreprise fait des données des gens : quelles données, pour quoi faire, sur quelle base juridique, combien de temps, qui y a accès, et chez quels prestataires elles transitent.

    Son intérêt réel est là : il révèle tous les autres manques. On le remplit honnêtement pendant deux heures, et on découvre trois durées de conservation qu’on n’a jamais fixées, deux prestataires avec lesquels rien n’a été signé, et une base de données de candidatures qui date de 2019.

    La CNIL met à disposition un modèle simplifié destiné aux petites structures. Il suffit.

    2. Les traceurs de votre site

    C’est le terrain le plus contrôlé, et le plus simple à corriger.

    Si votre site ne dépose que des traceurs strictement nécessaires à son fonctionnement, vous n’avez pas à demander de consentement — et afficher un bandeau inutile n’est pas une précaution, c’est une maladresse qui dégrade l’expérience sans rien apporter.

    Dès qu’un traceur non exempté est présent — mesure d’audience non conforme aux conditions d’exemption, vidéo intégrée, carte, bouton de réseau social, publicité —, alors :

    • rien ne se charge avant le consentement, y compris les scripts qui « ne font que se préparer » ;
    • refuser doit être aussi simple qu’accepter : deux boutons de même niveau, pas un lien discret en gris ;
    • le choix doit pouvoir être modifié à tout moment, depuis le pied de page.

    C’est exactement le principe que nous appliquons à nos propres réalisations, y compris pour une simple carte de localisation, qui n’est chargée qu’au clic de l’utilisateur.

    3. L’information des personnes

    Partout où vous collectez, il faut dire, au moment de la collecte : qui vous êtes, pourquoi vous collectez, combien de temps vous conservez, à qui les données sont transmises, et comment exercer ses droits.

    Cela vaut pour un formulaire de contact — oui, un simple formulaire de contact crée un traitement —, pour une inscription à une lettre d’information, pour un dépôt de candidature.

    Deux phrases sous le formulaire, plus une page dédiée pour le détail. Ce qui compte est que l’information soit au moment de la collecte, pas seulement dans une page que personne n’ouvre.

    4. Les contrats avec vos prestataires

    Chaque prestataire qui traite des données pour votre compte est un sous-traitant : l’hébergeur, l’agence qui maintient le site, l’outil de messagerie, le logiciel de facturation, la plateforme de prise de rendez-vous.

    L’article 28 du règlement impose un contrat écrit encadrant ces traitements : mesures de sécurité, recours à d’autres sous-traitants, localisation, sort des données en fin de contrat. Les grands fournisseurs le proposent sous forme d’avenant standard, qu’il suffit d’accepter et de conserver. Les petites structures, elles, n’en ont souvent aucun — et c’est précisément avec elles qu’il faut le faire.

    Ce document règle aussi une question très pratique : que deviennent vos données si le prestataire s’arrête. Nous y avons consacré un article entier.

    5. La sécurité, au niveau attendu d’une TPE

    Personne n’attend d’une entreprise de six personnes qu’elle tienne le niveau d’une banque. On attend des mesures proportionnées, et elles sont connues :

    • des mots de passe distincts, dans un gestionnaire, jamais dans un tableur partagé ;
    • l’authentification à deux facteurs sur la messagerie, l’hébergement et le nom de domaine ;
    • des comptes nominatifs, supprimés au départ d’un collaborateur ;
    • des mises à jour appliquées ;
    • des sauvegardes testées — sujet auquel nous consacrons un article séparé, parce que c’est la mesure la plus mal tenue de toutes.

    6. La procédure en cas de violation

    Une fuite de données doit être notifiée à la CNIL dans les soixante-douze heures (articles 33 et 34) lorsqu’elle présente un risque pour les personnes, et communiquée aux personnes concernées lorsque ce risque est élevé. Toutes les violations, y compris celles qu’on ne notifie pas, doivent être consignées dans un registre interne.

    Le délai est court. La seule façon de le tenir est d’avoir écrit à l’avance qui décide, qui rédige, avec quelles informations. Une page suffit. Au moment de l’incident, il ne reste ni le temps ni le calme de l’inventer.

    Ce qui n’est pas obligatoire

    C’est souvent là qu’on vous vend le plus cher.

    Un délégué à la protection des données (article 37). Obligatoire uniquement pour les organismes publics, le suivi régulier et systématique à grande échelle, et le traitement à grande échelle de données sensibles. La plupart des TPE n’y sont pas tenues. Désignez plutôt un référent interne, nommé dans vos mentions d’information.

    Une analyse d’impact systématique (article 35). Elle n’est requise que pour les traitements susceptibles d’engendrer un risque élevé. Un site vitrine avec un formulaire n’en relève pas.

    Une certification ou un « label RGPD ». Aucun label privé ne vaut conformité, et aucun n’est exigé par le règlement.

    Un accompagnement à cinq chiffres. Les six points ci-dessus représentent, pour une TPE ordinaire, deux à trois jours de travail — dont la moitié consiste à retrouver ce qui existe déjà.

    Ce qui se passe vraiment en cas de contrôle

    La suite la plus fréquente d’un contrôle est une mise en demeure, assortie d’un délai pour se mettre en conformité. Elle n’est pas publique dans la plupart des cas, et elle se clôt sans amende dès lors qu’on s’exécute.

    Les sanctions financières visant de petites structures existent néanmoins, et se concentrent sur deux terrains : les traceurs déposés sans consentement, et la prospection commerciale non sollicitée. Ce sont, ce n’est pas un hasard, les deux points visibles de l’extérieur — donc ceux sur lesquels une plainte est facile à déposer.

    D’où l’ordre que nous recommandons : commencez par le registre, qui vous montre le terrain, puis traitez immédiatement les traceurs et l’information des personnes, qui sont ce que tout le monde peut voir.

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    Questions fréquentes

    Le registre des traitements est-il obligatoire pour une TPE ?

    En pratique, oui. L'allègement prévu pour les organismes de moins de deux cent cinquante salariés tombe dès que les traitements ne sont pas occasionnels ou qu'ils portent sur des données sensibles — ce qui est le cas de la paie, de la gestion des clients et des candidatures. Autrement dit, l'exception ne s'applique presque jamais, et la CNIL met à disposition un modèle simplifié.

    Faut-il désigner un délégué à la protection des données ?

    Ce n'est obligatoire que dans trois cas : organisme public, suivi régulier et systématique de personnes à grande échelle, ou traitement à grande échelle de données sensibles. La grande majorité des TPE n'y est pas tenue. Désigner en interne un référent identifié, dont le nom figure dans les mentions d'information, reste néanmoins la bonne pratique.

    Un formulaire de contact suffit-il à créer des obligations ?

    Oui. Dès qu'un nom et une adresse électronique sont collectés, il y a traitement de données personnelles : il faut une base légale, une information claire au moment de la collecte, une durée de conservation définie et un endroit où ces données sont effectivement supprimées le moment venu.

    Faut-il un bandeau de cookies sur tous les sites ?

    Non. Un site qui ne dépose aucun traceur autre que ceux strictement nécessaires à son fonctionnement n'a pas à demander de consentement — et afficher un bandeau inutile est une maladresse, pas une précaution. En revanche, dès qu'une mesure d'audience non exemptée, une vidéo intégrée ou un bouton de réseau social est présent, le consentement préalable devient obligatoire.

    Que faire en cas de fuite de données ?

    Documenter l'incident dans un registre interne, évaluer le risque pour les personnes, et notifier la CNIL dans les soixante-douze heures si ce risque existe. Si le risque est élevé, les personnes concernées doivent également être informées. La procédure doit être écrite à l'avance : au moment de l'incident, il ne reste ni le temps ni le calme de l'inventer.

    Quelles sont les sanctions réellement appliquées aux petites structures ?

    La mise en demeure est de loin la suite la plus fréquente d'un contrôle, et elle est presque toujours l'occasion de se mettre en conformité sans amende. Les sanctions financières visant de petites structures existent néanmoins, en particulier sur deux terrains : les traceurs déposés sans consentement et la prospection commerciale non sollicitée.

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