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Sécurité

Votre sauvegarde n'en est pas une

Une sauvegarde qu'on n'a jamais restaurée est une hypothèse. Une sauvegarde branchée en permanence sur le serveur qu'elle protège est une copie du problème.

Photo de David Patiashvili David Patiashvili 5 min de lecture
Disque dur externe posé sur fond noir, éclairé de biais.
Photo de Uwukuri Emery / Pexels
Sommaire

    Nous posons la même question à chaque audit : « êtes-vous sauvegardés ? » La réponse est toujours oui.

    Nous posons alors la seconde : « quand avez-vous restauré pour la dernière fois ? » Là, il y a un silence.

    Les trois défauts qui annulent une sauvegarde

    Elle n’a jamais été restaurée. Personne n’a vérifié que l’archive s’ouvre, que la base se remonte, que les pièces jointes sont bien là, que la version restaurée fonctionne. Tant que ce test n’a pas eu lieu, ce n’est pas une sauvegarde : c’est une hypothèse. Et les hypothèses se vérifient toujours au plus mauvais moment.

    Elle est branchée en permanence. Un disque externe connecté en continu, un partage réseau monté sur toutes les machines, un dossier synchronisé : tous subissent exactement ce que subit le système qu’ils protègent. Un rançongiciel qui chiffre le serveur chiffre le disque branché dessus. C’est une copie du problème, pas une protection contre lui.

    Elle est au même endroit. Même bâtiment, même local technique, même armoire. Un incendie, un dégât des eaux, un vol ou une inondation emportent l’original et sa copie dans le même mouvement.

    Ces trois défauts sont si répandus qu’on les retrouve dans la quasi-totalité des petites structures — et le plus souvent chez celles qui payent pour une solution de sauvegarde.

    La confusion la plus coûteuse

    La synchronisation n’est pas une sauvegarde.

    Un dossier synchronisé dans le nuage reproduit fidèlement ce qui se passe sur votre machine. Vous supprimez un fichier, il est supprimé partout. Vous l’écrasez par une mauvaise version, elle se propage. Un logiciel malveillant chiffre vos documents, la version chiffrée remonte et remplace la bonne.

    La synchronisation protège de la panne matérielle. Elle ne protège ni de l’erreur humaine, ni de la malveillance, qui sont les deux causes les plus fréquentes de perte de données.

    Deux autres confusions du même ordre méritent d’être nommées : un système de disques redondants protège d’une panne de disque, pas d’une suppression ; et un instantané pris sur la même infrastructure disparaît avec elle.

    La règle, et sa version moderne

    La formule classique tient en trois chiffres : trois copies des données, sur deux supports de nature différente, dont une hors site.

    On lui ajoute aujourd’hui deux exigences, apparues avec les rançongiciels :

    • une copie hors ligne ou non modifiable. C’est le point décisif. Un attaquant qui prend la main sur votre réseau cherche d’abord vos sauvegardes, et il les trouve. Ce qu’il ne peut pas atteindre, c’est un support débranché, ou un stockage qui interdit techniquement la suppression avant un délai fixé.
    • zéro erreur au test de restauration. Non pas « la tâche s’est terminée sans alerte », mais « nous avons remonté et vérifié ».

    Ce qu’on oublie de sauvegarder

    La base de données, tout le monde y pense. Le reste, non — et c’est le reste qui fait durer une reprise.

    • Les fichiers déposés par les utilisateurs. Photos, documents, justificatifs. Ils vivent souvent en dehors de la base, et les scripts de sauvegarde ne les couvrent pas.
    • La configuration. Variables d’environnement, réglages du serveur, certificats, tâches planifiées. Sans elle, on remonte des données dans le vide.
    • La zone du nom de domaine. Une poignée de lignes, dont la perte coûte des heures d’errance — et qu’on ne pense à exporter qu’après en avoir eu besoin.
    • Les boîtes de messagerie. C’est souvent la mémoire réelle de l’entreprise : devis, engagements, échanges contractuels.
    • Les services en ligne. Les grandes suites bureautiques garantissent la disponibilité de leur service, pas la récupération de vos contenus au-delà de leurs délais internes. Ce partage des responsabilités est écrit dans les conditions d’utilisation, et il surprend toujours.

    Le protocole, une heure par trimestre

    Pas de projet, pas d’outil supplémentaire. Une heure, quatre fois par an, avec un compte rendu d’une page.

    1. Choisir une cible réelle. Un fichier précis modifié il y a trois semaines, une base complète, une boîte de messagerie.
    2. Restaurer ailleurs. Sur une machine vierge, jamais sur l’original — une restauration qui écrase la production a déjà causé plus de dégâts que bien des pannes.
    3. Ouvrir et vérifier. Le fichier s’ouvre-t-il vraiment ? La base contient-elle la donnée que vous cherchiez ? Les pièces jointes sont-elles présentes ?
    4. Chronométrer. C’est l’information la plus utile de tout l’exercice : combien de temps l’entreprise resterait-elle à l’arrêt, et quelle quantité de travail serait perdue ?
    5. Écrire les deux chiffres, et les présenter à la direction. Ils transforment un sujet technique en décision de gestion : accepter deux jours d’arrêt, ou financer mieux.

    Le jour où ça arrive

    Si un rançongiciel se déclenche, l’ordre des gestes compte :

    Isoler sans éteindre. Débrancher du réseau, laisser les machines allumées : la mémoire vive contient parfois des éléments utiles à l’analyse, et l’extinction brutale peut aggraver la corruption.

    Ne pas payer. Rien ne garantit la restitution, le paiement finance l’activité suivante, et il fait de vous une cible connue pour être solvable.

    Déposer plainte, et notifier la CNIL dans les soixante-douze heures si des données personnelles sont concernées — c’est une obligation distincte, que la panique fait souvent oublier. C’est l’une des obligations que nous rappelions en expliquant par où commencer sur la protection des données.

    Restaurer. C’est la seule issue qui ne dépende pas de l’attaquant. Encore faut-il avoir une copie qu’il n’a pas pu atteindre — ce qui nous ramène au point de départ.

    Ce que ça coûte, honnêtement

    Pour une TPE, une sauvegarde correcte — automatisée, chiffrée, hors site, avec une copie non modifiable — se compte en dizaines d’euros par mois. C’est moins cher que la ligne téléphonique.

    Ce qui coûte, c’est le temps trimestriel du test. Une heure. Et c’est précisément cette heure-là qu’on ne prend jamais, parce qu’elle ne produit rien de visible — sauf une fois, où elle produit tout.

    Nous avions déjà écrit sur l’importance de tester ses sauvegardes il y a quelques années. Rien n’a changé, sinon que les rançongiciels visent désormais les sauvegardes en premier. La négligence a simplement changé de prix.

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    Questions fréquentes

    La synchronisation dans le nuage est-elle une sauvegarde ?

    Non, et la confusion est la plus coûteuse du domaine. Un dossier synchronisé reproduit fidèlement ce qui se passe sur votre machine : une suppression se synchronise, une modification malheureuse se synchronise, et un chiffrement par rançongiciel se synchronise aussi. La synchronisation protège de la panne matérielle, jamais de l'erreur ni de l'attaque.

    En quoi consiste la règle 3-2-1 ?

    Trois copies des données, sur deux supports de nature différente, dont une copie hors site. On y ajoute aujourd'hui deux exigences : une copie hors ligne ou non modifiable, qu'un attaquant ayant pris la main sur le réseau ne peut pas atteindre, et zéro erreur lors du test de restauration.

    Mon hébergeur sauvegarde-t-il mes données ?

    Souvent, mais rarement dans les termes que vous imaginez. Quatre questions à poser : quelle est la profondeur d'historique conservée, à quelle granularité, qui déclenche la restauration et en combien de temps, et à quel coût. Une sauvegarde conservée sept jours ne sert à rien contre une corruption découverte trois semaines plus tard.

    Faut-il sauvegarder les services en ligne comme la messagerie professionnelle ?

    Oui. Les grandes suites bureautiques garantissent la disponibilité de leur service, pas la récupération de vos contenus après une suppression accidentelle ou malveillante au-delà de leurs délais internes de corbeille. C'est le principe de responsabilité partagée, et il surprend toujours au mauvais moment.

    À quelle fréquence tester une restauration ?

    Une fois par trimestre suffit pour une petite structure, à condition que le test soit réel : restaurer sur une machine vierge, ouvrir les fichiers, vérifier une donnée précise, et chronométrer. C'est le chronomètre qui produit l'information la plus utile — savoir combien de temps l'entreprise resterait à l'arrêt.

    Que faire en cas de rançongiciel ?

    Isoler les machines du réseau sans les éteindre, ne pas payer, déposer plainte, et notifier la CNIL si des données personnelles sont concernées. La restauration est la seule issue qui ne dépend pas de l'attaquant — encore faut-il disposer d'une copie qu'il n'a pas pu atteindre, ce qui suppose qu'elle ait été hors ligne ou non modifiable.

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