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Sécurité

NIS2 : votre PME est concernée, même en sous-traitance

Beaucoup d'entreprises hors du périmètre direct de la directive y entrent par la porte de service : celle de leurs clients, qui doivent désormais évaluer leurs fournisseurs.

Photo de David Patiashvili David Patiashvili 5 min de lecture
Portail métallique gris fermé par une chaîne et un cadenas.
Photo de Larkin Hammond / Pexels
Sommaire

    « NIS2 ? On n’est pas concernés. » C’est la réponse la plus fréquente, et elle est souvent exacte au sens strict de la directive.

    Elle est aussi, le plus souvent, sans effet. Parce que les entités qui, elles, sont concernées ont l’obligation de sécuriser leur chaîne d’approvisionnement — et qu’elles ne peuvent la tenir qu’en la répercutant sur leurs fournisseurs.

    Ce que fait la directive, en trois lignes

    La directive (UE) 2022/2555, dite NIS2, impose à un ensemble d’entités jugées sensibles trois obligations : gérer le risque numérique selon des mesures définies, s’enregistrer auprès de l’autorité nationale, et notifier les incidents significatifs dans des délais courts.

    En France, l’autorité désignée est l’ANSSI. Le changement d’échelle est considérable : on passe d’environ cinq cents entités sous le régime précédent à une estimation de quinze à dix-huit mille.

    La transposition française a pris du retard — le texte a été adopté en première lecture au Sénat en mars 2025 et n’était toujours pas promulgué au printemps 2026, ce qui a valu à la France l’ouverture d’une procédure d’infraction. Ce retard a produit un effet pervers : beaucoup d’entreprises attendent « la date » pour s’y mettre.

    C’est exactement le piège. Le calendrier législatif ne commande pas celui de vos clients.

    Êtes-vous directement concerné ?

    Deux critères se combinent.

    Le secteur. La directive liste des secteurs en deux annexes : énergie, transports, banque, santé, eau, infrastructures numériques et administration publique d’un côté ; services postaux, gestion des déchets, produits chimiques, alimentation, fabrication de dispositifs et de matériels, fournisseurs numériques et recherche de l’autre.

    La taille. En pratique, le seuil se situe autour de cinquante salariés ou dix millions d’euros de chiffre d’affaires. En dessous, on sort en principe du périmètre.

    Sauf exception. Certaines activités sont concernées quelle que soit leur taille, parce que leur défaillance se propage : fournisseurs de services de noms de domaine, registres, prestataires de services de confiance qualifiés, opérateurs de communications électroniques.

    L’ANSSI a mis en ligne un espace d’enregistrement doté d’un simulateur d’éligibilité : quelques questions sur le secteur, l’effectif et le chiffre d’affaires. C’est le premier geste à faire, et il prend dix minutes. Ne concluez pas à votre place.

    La porte par laquelle ça arrive vraiment

    C’est le point central de cet article, et il vaut pour toutes les PME du numérique, de l’industrie et des services.

    Parmi les mesures imposées aux entités régulées figure la sécurité de la chaîne d’approvisionnement. Une entité soumise doit évaluer et encadrer les risques venant de ses fournisseurs directs. Elle n’a qu’un seul moyen de le faire : le contrat.

    Concrètement, voici ce qui arrive dans les boîtes de réception des PME :

    • un questionnaire de sécurité de trente à cent questions, à renvoyer sous deux semaines ;
    • des clauses de sécurité ajoutées au renouvellement du contrat ;
    • une obligation de notification en cas d’incident vous concernant, dans un délai contractuel ;
    • parfois un droit d’audit, exercé par le client ou un tiers ;
    • l’exigence de preuves : politique de sauvegarde, gestion des accès, journalisation.

    Vous n’êtes pas soumis à la directive. Vous êtes soumis à vos clients — et le refus de répondre se traduit, en pratique, par un référencement qui ne se renouvelle pas.

    Les sanctions, et la nouveauté qui compte

    Les montants sont dissuasifs : jusqu’à dix millions d’euros ou un pourcentage du chiffre d’affaires mondial pour les entités essentielles, avec un régime allégé pour les entités importantes.

    Mais la nouveauté marquante n’est pas là. Elle tient à la responsabilité personnelle des dirigeants, qui peut aller jusqu’à une interdiction temporaire d’exercer des fonctions de direction. La sécurité numérique cesse d’être un sujet délégué à l’informatique pour devenir un sujet d’organe de direction — c’est exactement ce que nous décrivions à propos de la cybersécurité qui remonte au conseil.

    Les cinq mesures qui répondent à l’essentiel

    L’ANSSI a publié en mars 2026 un référentiel traduisant les obligations en objectifs concrets — une vingtaine pour les entités essentielles, une quinzaine pour les importantes. On peut résumer ce qu’une PME doit tenir en cinq points, et la bonne nouvelle est qu’aucun n’est spécifique à NIS2.

    1. L’inventaire. Ce que vous exposez sur internet, ce dont vous dépendez, qui a accès à quoi. Sans cet inventaire, aucune autre mesure ne peut être ni décidée ni vérifiée. C’est aussi la première pièce que vos clients demanderont.

    2. Les accès. Authentification à deux facteurs partout où c’est possible, comptes nominatifs, suppression effective au départ d’un collaborateur, et surtout inventaire des comptes à privilèges — ceux qui peuvent tout, et que personne ne surveille.

    3. Les sauvegardes, testées. Une sauvegarde jamais restaurée n’est pas une sauvegarde. Nous y consacrons un article entier, parce que c’est la mesure la plus universellement mal tenue.

    4. La procédure d’incident. Qui décide, qui prévient qui, dans quel ordre, avec quels numéros. Une page suffit, à condition qu’elle existe ailleurs que dans un système d’information qui vient de tomber — donc imprimée.

    5. La chaîne fournisseurs. Vos propres prestataires : qui a accès à vos systèmes, sous quel contrat, et que se passe-t-il s’ils sont compromis. Le sujet remonte, et il redescend.

    Ce que nous conseillons de faire maintenant

    Trois actions, dans cet ordre.

    Testez votre éligibilité sur le simulateur de l’autorité. Cinq minutes, et vous saurez de quel côté de la ligne vous êtes.

    Demandez à vos trois principaux clients s’ils sont concernés. Leur réponse vous dit ce qui va vous arriver, et quand.

    Préparez le dossier avant qu’on vous le demande. L’inventaire, la politique de sauvegarde, la procédure d’incident, la liste des accès. C’est un travail de quelques jours, qui se réutilise pour chaque questionnaire — et qui transforme une contrainte subie en argument commercial. Répondre en deux jours à un questionnaire de sécurité, quand vos concurrents mettent trois semaines, se remarque.

    C’est le type de chantier que nous menons dans le cadre d’un audit technique, et dont les entreprises ressortent invariablement avec la même remarque : « on aurait dû faire ça avant, pour nous. »

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    Questions fréquentes

    Qu'est-ce que la directive NIS2 ?

    Un texte européen qui impose des obligations de gestion du risque numérique, d'enregistrement auprès de l'autorité nationale et de notification des incidents à un ensemble d'entités jugées sensibles. En France, l'autorité désignée est l'ANSSI, et le périmètre passe d'environ cinq cents entités sous le régime précédent à quinze à dix-huit mille.

    Comment savoir si mon entreprise est directement concernée ?

    Deux critères se combinent : appartenir à l'un des secteurs listés par la directive, et dépasser un seuil de taille — en pratique cinquante salariés ou dix millions d'euros de chiffre d'affaires. Certaines activités sont concernées quelle que soit leur taille, notamment les fournisseurs de services de noms de domaine et les opérateurs de communications électroniques. L'ANSSI met à disposition un simulateur d'éligibilité.

    Une PME hors périmètre peut-elle être concernée malgré tout ?

    Oui, et c'est le cas de figure le plus fréquent. Les entités régulées doivent sécuriser leur chaîne d'approvisionnement : elles répercutent donc leurs obligations sur leurs fournisseurs par voie contractuelle — questionnaires, clauses de sécurité, engagements de notification, parfois audits. Vous n'êtes pas soumis à la directive, vous êtes soumis à vos clients.

    Quelles sanctions sont prévues ?

    Elles peuvent atteindre dix millions d'euros ou un pourcentage du chiffre d'affaires mondial pour les entités essentielles. La nouveauté marquante n'est pas le montant, c'est la responsabilité personnelle des dirigeants, qui peut aller jusqu'à une interdiction temporaire d'exercer des fonctions de direction.

    Faut-il attendre la publication de la loi pour agir ?

    Non, et c'est le piège principal. Les exigences transmises par les clients circulent déjà, indépendamment du calendrier législatif. Par ailleurs, les mesures attendues — inventaire, sauvegardes testées, authentification renforcée, gestion des accès, procédure d'incident — sont exactement celles qu'une entreprise devrait tenir de toute façon.

    Par où commencer concrètement ?

    Par l'inventaire de ce que vous exposez et de ce dont vous dépendez : services en ligne, accès distants, comptes à privilèges, prestataires. Sans cet inventaire, aucune des mesures suivantes ne peut être ni décidée ni vérifiée — et c'est aussi la première pièce que vos clients vous demanderont.

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