Freelance, agence ou salarié : quel modèle pour votre premier développement
Les trois coûtent à peu près la même chose la première année. Ce qui les distingue, c'est ce qu'il reste quand la personne s'en va.
Sommaire
« On va prendre un freelance, ce sera moins cher. » C’est la phrase la plus fréquente au moment de lancer un premier développement, et elle repose sur une comparaison que personne n’a faite.
Sur douze mois, à volume de travail comparable, les trois modèles se tiennent. Le salarié coûte en charges, en matériel et en encadrement ce que le freelance et l’agence facturent en taux. L’écart n’apparaît pas la première année. Il apparaît la deuxième, quand on mesure ce qui reste dans l’entreprise une fois la personne partie.
Le coût réel, sans illusion
Le salarié. Le coût employeur représente environ une fois et demie le salaire brut. S’y ajoutent le matériel, les licences, le recrutement — qui n’est ni gratuit ni rapide —, la formation, et un poste que personne ne budgète : le temps d’encadrement. Un développeur seul dans une entreprise qui n’a pas de culture technique consomme du temps de dirigeant, et ce temps a un prix. Les fourchettes de rémunération selon les profils et les régions font l’objet d’un article dédié.
Le freelance. Vous payez des jours travaillés, sans charge ni engagement, avec une souplesse réelle : on arrête quand on veut. En contrepartie, vous ne payez que ce qui est fait — donc rien pendant ses congés, et rien pour la veille, la documentation ou la reprise de l’existant, sauf à les commander explicitement.
L’agence. Le taux affiché est plus élevé, et il couvre autre chose : une équipe, donc une continuité ; une relecture du travail par un pair ; un remplacement en cas d’absence ; et une responsabilité contractuelle qui engage une structure et non une personne.
Ces trois lignes se valent à peu près. Elles ne répondent simplement pas à la même question.
Les trois questions qui décident réellement
Qui détient la connaissance ? C’est l’actif le plus précieux d’un projet, et le moins visible. Il ne s’agit pas du code — il est là — mais de la raison pour laquelle il est ainsi : les cas particuliers du métier, les décisions écartées, les contraintes d’un client historique. Cette connaissance se loge par défaut dans la tête de celui qui produit. Si c’est un externe, elle part avec lui, sauf à avoir exigé qu’elle soit écrite.
Que se passe-t-il si la personne disparaît demain ? Congé maladie, démission, changement de mission. Le freelance ne se remplace pas — vous recommencez une recherche. L’agence remplace en interne, avec une perte de contexte. Le salarié unique ne se remplace pas non plus, et son absence arrête tout.
Qui répond quand ça casse ? Un contrat de prestation engage une structure, avec une assurance et un interlocuteur. Un freelance engage son patrimoine, ce qui est théorique en pratique. Un salarié, lui, n’engage rien : c’est l’entreprise qui porte le risque.
Le tableau que nous montrons à nos clients
| Freelance | Agence | Salarié | |
|---|---|---|---|
| Mise en route | Rapide | Rapide | Deux à quatre mois |
| Souplesse à la baisse | Immédiate | Contractuelle | Faible |
| Continuité en cas d’absence | Nulle | Assurée en interne | Nulle |
| Relecture par un pair | Non | Oui | Non, s’il est seul |
| Connaissance métier accumulée | Part avec lui | Partagée dans l’équipe | Reste dans l’entreprise |
| Coût sur douze mois | Comparable | Comparable | Comparable |
| Ce qu’il reste après deux ans | Le code | Le code et la documentation | Le code et la personne |
La dernière ligne est celle qui doit guider la décision, et c’est la seule qui ne figure jamais dans un comparatif de devis.
Les trois pièges
Le développeur seul. C’est le montage le plus fragile des trois, et le plus fréquent dans les TPE. Personne ne relit son travail, personne ne conteste ses choix, personne ne le remplace en août. Il s’isole techniquement, l’entreprise devient dépendante d’une seule personne, et cette personne finit souvent par partir faute de perspective — en emportant tout. Si vous recrutez un premier développeur, prévoyez un regard extérieur régulier. Ce n’est pas de la défiance, c’est ce qui lui permet de progresser et à vous de dormir.
Le freelance moins cher. Un taux journalier bas ne dit rien du coût total. Un développement mené sans cadrage, sans relecture et sans documentation produit un logiciel qui fonctionne le jour de la livraison, et dont personne ne saura quoi faire dix-huit mois plus tard. La facture arrive alors sous forme de dette technique, qui se rembourse toujours.
L’agence dont on ne peut plus sortir. Le risque n’est pas la qualité, c’est la captivité : comptes à son nom, code sur son dépôt, aucune documentation d’exploitation. Trois lignes au contrat suffisent à l’éviter — comptes à votre nom, cession du code avec droit d’adaptation, documentation livrée. Nous y consacrons deux articles, sur la propriété du code et sur l’hébergement.
Ce qui marche le plus souvent en PME
Ce n’est presque jamais un modèle pur.
La combinaison que nous voyons réussir associe une personne en interne — qui détient la connaissance métier et la relation aux utilisateurs, sans forcément écrire beaucoup de code —, un partenaire externe qui apporte la capacité de production et la continuité, et une direction technique à temps partagé pour arbitrer les choix structurants sans en supporter le coût à plein temps. C’est le rôle que nous décrivons dans notre article sur le CTO à temps partagé.
Chacun fait alors ce qu’il fait le mieux, et surtout : aucun n’est indispensable seul. C’est la seule propriété qui compte vraiment.
Quand recruter, vraiment
Trois conditions, à réunir avant d’ouvrir un poste :
- Le logiciel est devenu le produit, et non plus un support de l’activité.
- Les évolutions sont continues, et non plus des projets espacés.
- La connaissance métier accumulée constitue un avantage que vous ne voulez pas voir sortir.
Tant que ces trois conditions ne sont pas réunies, externaliser reste plus efficace — et surtout réversible. Recruter trop tôt coûte cher deux fois : une fois au recrutement, une fois à la séparation.
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Ajouter aux sources préféréesQuestions fréquentes
Quel modèle coûte le moins cher ?
Sur douze mois et à volume de travail comparable, les trois se tiennent : le salarié coûte en charges et en périphériques ce que le freelance et l'agence facturent en taux. L'écart réel n'apparaît pas sur la première année, mais sur la deuxième — au moment où l'on mesure ce qu'il reste dans l'entreprise, et ce qu'il faut racheter.
Combien coûte réellement un développeur salarié ?
Il faut compter environ une fois et demie le salaire brut en coût employeur, auquel s'ajoutent le matériel, les licences, le recrutement, la formation, et le temps d'encadrement — qui n'est jamais nul, surtout s'il est seul. C'est ce dernier poste, invisible dans un budget, qui surprend les dirigeants.
Un développeur seul dans une TPE, est-ce viable ?
C'est le montage le plus fragile des trois. Personne ne relit son travail, personne ne le remplace pendant ses congés, personne ne l'aide à progresser — et l'entreprise dépend entièrement d'une seule personne, qui finit souvent par partir faute de perspective. Si vous recrutez un premier développeur, prévoyez un regard extérieur régulier.
Comment éviter la dépendance à une agence ?
En posant trois règles dès le départ : les comptes — domaine, hébergement, dépôt de code — sont ouverts à votre nom ; le code vous est cédé, droit d'adaptation compris ; et la documentation d'exploitation fait partie des livrables. Avec ces trois lignes, partir coûte le temps d'une passation, pas une reconstruction.
Peut-on combiner plusieurs modèles ?
C'est souvent la meilleure réponse pour une PME : une personne interne qui détient la connaissance métier et la relation aux utilisateurs, un partenaire externe qui apporte la capacité de production et la continuité, et une direction technique à temps partagé pour arbitrer. Chacun fait ce qu'il fait le mieux, et aucun n'est indispensable seul.
À partir de quand faut-il recruter en interne ?
Quand le logiciel devient le produit plutôt qu'un support, quand les évolutions sont continues plutôt que par projets, et quand la connaissance métier accumulée devient un avantage concurrentiel. Tant que ces trois conditions ne sont pas réunies, externaliser reste généralement plus efficace.